Groupe sanguin et paternité : peut-on vérifier une filiation avec les groupes sanguins ?
- 28 déc. 2025
- 9 min de lecture
Le groupe sanguin et la paternité sont souvent associés lorsqu’une personne cherche à vérifier un lien de filiation entre un parent et un enfant. La logique paraît simple : si le groupe sanguin se transmet des parents aux enfants, il devrait permettre de confirmer ou d’exclure une relation biologique.

En réalité, les groupes sanguins peuvent parfois aider à repérer une incompatibilité évidente, mais ils ne suffisent pas à prouver une paternité avec certitude. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir sur le fonctionnement des systèmes ABO et Rhésus, sur leur transmission héréditaire, puis sur les limites de cette méthode.
Dans cet article, nous expliquons comment les groupes sanguins se transmettent, dans quels cas ils peuvent exclure une paternité, et pourquoi le test ADN reste la méthode la plus fiable pour établir un lien de filiation biologique.
Qu’est-ce qu’un groupe sanguin ?
Une caractéristique biologique propre à chaque individu
Le sang est un tissu liquide complexe. Sa composition varie d’une personne à l’autre, notamment au niveau de certaines molécules présentes à la surface des globules rouges. Cette diversité biologique est appelée polymorphisme sanguin.
Elle explique pourquoi le sang de deux personnes ne peut pas toujours être mélangé sans risque. Lors d’une transfusion, une incompatibilité peut provoquer une réaction immunitaire dangereuse.
Les personnes qui partagent les mêmes caractéristiques sanguines appartiennent à un même groupe sanguin. Cette classification est essentielle pour organiser les dons de sang, sécuriser les transfusions et comprendre certaines règles de transmission génétique.
Pour approfondir la partie transfusionnelle, l’Établissement français du sang propose également une ressource claire sur les groupes sanguins et leur compatibilité.
Les deux systèmes les plus connus : ABO et Rhésus
Un groupe sanguin repose sur la présence ou l’absence de substances spécifiques, appelées antigènes, à la surface des globules rouges.
Il existe de nombreux systèmes de groupes sanguins chez l’être humain. Toutefois, deux systèmes sont particulièrement importants en médecine et en génétique :
le système ABO, qui détermine les groupes A, B, AB et O ;
le système Rhésus, qui indique si le groupe est positif (+) ou négatif (-).
En combinant ces deux systèmes, on obtient les huit groupes sanguins les plus connus :
A+
A-
B+
B-
AB+
AB-
O+
O-
Le système ABO : antigènes, anticorps et groupes sanguins
Comment fonctionne le système ABO ?
Le système ABO repose sur deux types d’antigènes : l’antigène A et l’antigène B. Ces antigènes peuvent être présents ou absents à la surface des globules rouges.
Un antigène est une molécule que le système immunitaire peut reconnaître. Si elle est perçue comme étrangère, elle peut déclencher une réaction de défense.
En parallèle, le plasma sanguin contient des anticorps. Ces anticorps réagissent contre les antigènes que la personne ne possède pas naturellement sur ses propres globules rouges.
C’est cette combinaison entre antigènes et anticorps qui définit les quatre groupes du système ABO.
Les quatre groupes sanguins ABO
Groupe sanguin A
Une personne de groupe A possède :
des antigènes A à la surface de ses globules rouges ;
des anticorps anti-B dans son plasma.
Groupe sanguin B
Une personne de groupe B possède :
des antigènes B à la surface de ses globules rouges ;
des anticorps anti-A dans son plasma.
Groupe sanguin AB
Une personne de groupe AB possède :
des antigènes A et B sur ses globules rouges ;
aucun anticorps anti-A ni anti-B dans son plasma.
Groupe sanguin O
Une personne de groupe O possède :
aucun antigène A ni B sur ses globules rouges ;
des anticorps anti-A et anti-B dans son plasma.
Cette organisation explique pourquoi certaines transfusions sont compatibles et d’autres non. Si le receveur reçoit du sang contenant un antigène que son organisme reconnaît comme étranger, une réaction immunitaire peut se produire.

Le système Rhésus : positif ou négatif
Le rôle de l’antigène D
Le système Rhésus est principalement déterminé par la présence ou l’absence d’un antigène appelé antigène D à la surface des globules rouges.
Même si le système Rhésus comprend plusieurs antigènes, l’antigène D est le marqueur le plus souvent utilisé pour définir le statut positif ou négatif d’une personne.
On distingue donc :
Rhésus positif (+) : l’antigène D est présent ;
Rhésus négatif (-) : l’antigène D est absent.
Ainsi, une personne de groupe A avec l’antigène D sera A+. Une personne de groupe A sans antigène D sera A-.
Pourquoi le Rhésus est important ?
Le système Rhésus joue un rôle important en transfusion sanguine, mais aussi en obstétrique.
Une incompatibilité Rhésus peut notamment concerner une mère Rhésus négatif portant un fœtus Rhésus positif. Dans certains cas, cela peut entraîner des complications lors de grossesses successives, ce qui nécessite une surveillance médicale adaptée.
Comment les groupes sanguins se transmettent-ils ?
Un héritage génétique transmis par les parents
Comme certaines caractéristiques physiques, le groupe sanguin est transmis génétiquement des parents à l’enfant. Cette transmission suit des règles précises.
Chaque personne possède deux allèles pour le système ABO :
un allèle hérité du parent biologique paternel ;
un allèle hérité du parent biologique maternel.
La combinaison de ces deux allèles détermine le groupe sanguin de l’enfant.

Les allèles A, B et O
Dans le système ABO, il existe trois allèles principaux :
A
B
O
Chaque parent transmet un seul de ses deux allèles à son enfant.
Les combinaisons possibles sont les suivantes :
Combinaison génétique | Groupe sanguin exprimé |
AA | Groupe A |
AO | Groupe A |
BB | Groupe B |
BO | Groupe B |
AB | Groupe AB |
OO | Groupe O |
Dominance et codominance
Les allèles A et B sont dominants par rapport à l’allèle O. L’allèle O est dit récessif.
Cela signifie que :
une personne AO sera de groupe A ;
une personne BO sera de groupe B ;
une personne OO sera de groupe O.
Les allèles A et B sont codominants entre eux. Une personne AB exprime donc les deux antigènes : A et B.
Exemple de transmission entre parents
Prenons l'exemple d'une mère porteuse des allèles AO (groupe A) et d'un père porteur des allèles AB (groupe AB).
Les quatre combinaisons possibles pour leurs enfants sont :
AA (groupe A) : allèle A de la mère + allèle A du père
AO (groupe A) : allèle A de la mère + allèle O du père
AB (groupe AB) : allèle A de la mère + allèle B du père
BO (groupe B) : allèle O de la mère + allèle B du père
Dans ce cas, les enfants peuvent être de groupe A, AB ou B, mais jamais de groupe O.
Tableau récapitulatif des combinaisons possibles
Voici un aperçu complet des groupes sanguins possibles selon les combinaisons parentales dans le système ABO :

Ce tableau permet de visualiser rapidement les possibilités et les impossibilités de transmission selon les groupes des parents.
Transmission du Rhésus : ce qu’il faut comprendre
La transmission du Rhésus suit aussi une logique génétique, mais elle est moins utile pour rechercher une filiation.
En pratique :
si les deux parents sont Rhésus négatif, l’enfant sera obligatoirement Rhésus négatif ;
si au moins un parent est Rhésus positif, l’enfant peut être Rhésus positif ou Rhésus négatif selon les gènes transmis.
Cette règle s’explique par le fait qu’une personne Rhésus positif peut porter un gène Rhésus négatif sans que cela apparaisse dans son groupe sanguin. Le statut Rhésus visible ne donne donc pas toujours toute l’information génétique nécessaire.
Peut-on vérifier la paternité avec les groupes sanguins ?
Une méthode d'exclusion, pas de confirmation
En cas de doute sur un lien de paternité, il est naturel de penser que la comparaison des groupes sanguins peut apporter une réponse. Cette méthode présente l'avantage d'être accessible et peu coûteuse, mais elle comporte des limites importantes.
Principe général :
Les groupes sanguins permettent principalement d'exclure une paternité, rarement de la confirmer. En effet, si les groupes sanguins du père présumé, de la mère et de l'enfant ne correspondent pas aux combinaisons génétiquement possibles, cela peut indiquer de manière certaine qu'il n'y a pas de lien biologique.
Cependant, la fiabilité reste limitée en raison du nombre restreint de combinaisons possibles et de l'existence de mutations génétiques rares qui peuvent masquer le véritable profil sanguin.
Tableau d'exclusion de paternité selon le système ABO
Voici un tableau récapitulatif permettant d'identifier les situations d'exclusion de paternité :

Attention : L'absence d'exclusion ne constitue pas une preuve de paternité. Plusieurs hommes peuvent partager le même groupe sanguin compatible avec celui de l'enfant.
Les limites de la méthode des groupes sanguins
1. Nombre limité de combinaisons
Avec seulement huit groupes sanguins principaux (A+, A-, B+, B-, AB+, AB-, O+, O-), la probabilité que plusieurs personnes partagent le même groupe sanguin est très élevée. Cette méthode ne permet donc jamais de confirmer avec certitude une paternité.
2. Mutations génétiques rares
Dans de très rares cas, des mutations génétiques peuvent modifier l'expression des antigènes à la surface des globules rouges, créant des profils sanguins atypiques. Ces variations peuvent fausser toute conclusion concernant la filiation.
3. Impossibilité pour les relations indirectes
Il est totalement impossible de déterminer un lien de parenté entre frères et sœurs, oncles/tantes et neveux/nièces, ou cousins en utilisant uniquement les groupes sanguins. Les combinaisons possibles sont trop nombreuses pour permettre une quelconque déduction fiable.
Pourquoi le test ADN reste la méthode fiable ?
Une analyse directe du patrimoine génétique
Le test ADN de paternité est la méthode la plus fiable pour établir ou exclure un lien de filiation biologique.
Contrairement aux groupes sanguins, qui ne donnent qu’une indication très générale, l’analyse ADN compare plusieurs marqueurs génétiques entre l’enfant et le père présumé.
Chaque enfant reçoit environ la moitié de son patrimoine génétique de son père biologique et l’autre moitié de sa mère biologique. Le laboratoire vérifie donc si les marqueurs génétiques de l’enfant correspondent à ceux attendus chez le père présumé.
Pour une vérification directe, la solution la plus adaptée reste le test ADN de paternité, car il analyse le profil génétique des participants et non de simples groupes sanguins.
Une fiabilité très supérieure aux groupes sanguins
Un test ADN de paternité réalisé dans de bonnes conditions offre un niveau de fiabilité très élevé :
un résultat positif peut atteindre une précision supérieure à 99,99 % ;
un résultat négatif permet d’exclure la paternité avec une précision de 100 %.
Ces résultats apportent une réponse beaucoup plus claire qu’une simple comparaison de groupes sanguins.
Les avantages du test ADN
Le test ADN présente plusieurs avantages majeurs :
il peut confirmer ou exclure une paternité ;
il analyse de nombreux marqueurs génétiques ;
il limite les ambiguïtés d’interprétation ;
il peut être réalisé avec des prélèvements simples, comme des écouvillons buccaux ;
il peut répondre à des situations familiales plus complexes.
Dans certains cas, la question porte aussi sur la filiation maternelle. Il est alors possible de recourir à un test ADN de maternité, qui permet de vérifier le lien biologique entre une mère présumée et un enfant.
La compatibilité sanguine : comprendre les transfusions
Pourquoi la compatibilité sanguine est-elle importante ?
La compatibilité sanguine repose sur les systèmes antigéniques ABO et Rhésus. Lors d'une transfusion sanguine, le système immunitaire du receveur réagit si le sang transfusé contient des antigènes qu'il ne possède pas naturellement.
Cette réaction immunitaire provoque la destruction des globules rouges transfusés et peut entraîner des complications graves, voire mortelles. C'est pourquoi il est essentiel de respecter les règles de compatibilité lors de toute transfusion.
Règles de compatibilité selon le système ABO
Groupe sanguin A :
Peut recevoir du sang de groupe A et O
Peut donner du sang aux groupes A et AB
Groupe sanguin B :
Peut recevoir du sang de groupe B et O
Peut donner du sang aux groupes B et AB
Groupe sanguin AB :
Peut recevoir du sang de tous les groupes : A, B, AB et O (receveur universel)
Peut donner du sang uniquement au groupe AB
Groupe sanguin O :
Peut recevoir du sang uniquement du groupe O
Peut donner du sang à tous les groupes : A, B, AB et O (donneur universel)
Compatibilité selon le système Rhésus
Les règles de compatibilité Rhésus sont plus simples, mais tout aussi importantes :
Rhésus positif (+) :
Peut recevoir du sang Rhésus positif et Rhésus négatif
Peut donner du sang uniquement aux personnes Rhésus positif
Rhésus négatif (-) :
Peut recevoir du sang uniquement Rhésus négatif
Peut donner du sang aux personnes Rhésus positif et négatif
En pratique, une personne Rhésus négatif ne doit jamais recevoir de sang Rhésus positif, car cela pourrait déclencher une réaction immunitaire grave.
Le groupe O : donneur universel
Le groupe O négatif est particulièrement précieux en médecine d'urgence, car il peut être transfusé à n'importe quel patient sans risque de réaction immunitaire. C'est pourquoi les donneurs de groupe O- sont fortement encouragés à donner leur sang régulièrement.
Conclusion : les groupes sanguins orientent, mais le test ADN confirme
Les groupes sanguins peuvent fournir des indications utiles sur la transmission biologique entre parents et enfants. Ils permettent parfois d’exclure une paternité lorsque la combinaison entre la mère, l’enfant et le père présumé est impossible.
Cependant, cette méthode reste limitée. Elle ne permet jamais de confirmer une paternité avec certitude, car de nombreuses personnes peuvent partager un groupe sanguin compatible.
Pour obtenir une réponse fiable sur un lien de filiation, le test ADN reste la solution de référence. Il analyse directement les marqueurs génétiques et permet de confirmer ou d’exclure une paternité avec un niveau de précision très supérieur à celui des groupes sanguins.
Peut-on prouver une paternité avec le groupe sanguin ?
Non. Le groupe sanguin peut parfois exclure une paternité, mais il ne permet pas de la prouver. Une compatibilité entre les groupes sanguins du père présumé et de l’enfant ne constitue pas une preuve biologique suffisante.
Deux parents de groupe O peuvent-ils avoir un enfant de groupe A ?
Non, selon les règles classiques de transmission ABO. Deux parents de groupe O transmettent normalement chacun un allèle O. Leur enfant devrait donc être de groupe O.
Un enfant peut-il avoir un groupe sanguin différent de ses parents ?
Oui. Un enfant peut avoir un groupe sanguin différent de celui de ses parents, selon les allèles transmis. Par exemple, deux parents de groupe A peuvent avoir un enfant de groupe O s’ils portent tous les deux un allèle O.
Le Rhésus permet-il de vérifier une paternité ?
Le Rhésus peut parfois signaler une impossibilité, notamment si deux parents Rhésus négatif ont un enfant Rhésus positif. Mais seul, il reste insuffisant pour établir une filiation.
Quelle méthode choisir pour confirmer une paternité ?
La méthode la plus fiable est le test ADN de paternité. Il compare directement les profils génétiques du père présumé et de l’enfant, avec une précision très supérieure à celle d’une comparaison de groupes sanguins.
